29 octobre 2007
heure d'hiver
Sur le quai de la gare j'ai remarqué ses cheveux plus longs, et quand ma mère m'a demandé si ça m'avait fait du bien de passer du temps avec elle, je n'ai pas pu dire autre chose que oui.
Sur le quai de la gare je dormais encore un peu - soirée terminée par un concert, nuit aux rayures de lumière.
Ce week-end j'ai réveillé mon frère à midi, tourné au soleil, oublié de sortir un gâteau du four - mais on l'a fait pour moi - récité du vocabulaire latin à la cuisine, souri à cause des draps roux.
Ce matin j'ai glissé un mot sous la porte pour dire aurevoir au dormeur, puis attrapé le train de justesse.
L'allure des choses change. Pour apaiser un vertige je dors plutôt que de bâtir un plan de disserte, et. Je n'en peux plus de ces gestes, de ces moments là.
26 octobre 2007
être absent(e)
Descendre le volet, Orfeo ed Euridice, j'ai dormi la moitié de l'après-midi, mais je ne tiens toujours pas. Si en marchant je ne regarde pas par terre je trébuche, et les maladresses se multiplient. Cl. a passé la semaine à me dire de me reposer.
Une réunion à cinq pour prévoir des lectures, un ciné-concert dans la salle du fond, des regards croisés (l'envie de dire, tes cheveux courts te vont bien), une caméra, la librairie dans le soir et les paroles au-dessus de tartines. La semaine a eu ça, et puis. Les cafés en sortant de certains cours pour ne pas s'endormir au suivant, le corps gelé quand les autres virent les pulls, l'insolence, les yeux qu'on ferme, les amphis vides pour parler.
En septembre, j'avais noté vacances à la page d'aujourd'hui. C'est difficile à croire. Le dos d'une enveloppe pour un planning, je n'envisage pourtant rien.
22 octobre 2007
j'attends les jours heureux
Hall de cinéma désert dans la nuit, nous avons vu le
film ensemble, attrapé des détails de vie et le tramway sans connaître
nos prénoms. Hier je découvrais une autre salle, et nous lui avons
donné des accents chauds - ceux qui comprenaient l'espagnol riaient ou
souriaient avant que quelqu'un ne traduise. Ce soir, sans doute y en
aura t-il d'autres, mais seulement figés sur l'écran. J'ai besoin de
(parler) cette langue.
Entre mes quatre murs, l'odeur du linge propre, le dernier Valentine
Goby dont je relis des passages juste après l'avoir terminé, un bâton
de cannelle au milieu des quartiers de poires, du sucre roux, Volo ou
Mendelhsson. Entre mes quatre murs, l'impatience, le vertige. (...).
Au contact de la rue et du froid, je quittais l'enveloppe de douceur de chez elle
- bols de thé et cake partagé, c'était un goûter digne d'un dimanche.
Depuis, j'ai déjà repris l'habitude de glisser les mains au fond des
poches du manteau d'hiver.
20 octobre 2007
désaccords intimes
En rentrant, jeter le trousseau de clefs, la veste et les ballerines pour mettre Imbert Imbert. Jusqu'à retrouver des mouvements souples.
Ce midi nous avons parlé longtemps dans le froissement des draps, et j'oubliais celle que j'avais été, assise en tailleur au bord du lit, au bord du vide dans la nuit, j'oubliais sa main qui a cherché mon dos quand il est revenu. Le balcon des petits matins pieds nus avait pris le goût de l'hiver, du froid à deux heures, du retranchement ou des paroles une bière à la main. J'oubliais, mais je n'oublierai pas.
Des fiches de pragmatique espagnole dans la petite bibliothèque de lettres par pur esprit de contradiction, et, cette après-midi j'ai fini par trouver une place au rez-de-chaussée pour quelques heures à abattre. En parallèle, un contact avec un théâtre, une invitation, des coups de fil pour des rendez-vous, des listes qui s'étirent, une adresse mail laissée à un auteur après une conférence.
Je me perds un peu entre les désaccords et les accords intimes.
16 octobre 2007
impressions
Tracer une croix sur la main gauche, arriver la dernière à une réunion et ajouter une chaise, passer la soirée en terrasse et rester encore longtemps à parler alors qu'on s'était dit qu'on rentrait tôt, emprunter un dictionnaire d'anglais, envoyer des courriers dans la nuit après avoir travaillé, sourire à la lecture de ceux que je reçois. Les pas s'accélèrent - quelque chose comme un coeur qui bat. J'allonge les journées en racourcissant les nuits.
14 octobre 2007
commencer à chanter
Les murs du bar étaient rouges et la petite table bancale, elle m'a demandé de reparler français pour voir si mon ton de voix changeait. Des collants rayés, les discussions qui s'échappent, le quotidien de la fac à cédé sa place à d'autres continents, d'autres expériences. Les murs du bar étaient rouges, la poignée de l'entrée reste dans la main, et en partant je respirais d'avoir vécu cette soirée là.
Un métro vide et les rues connues, j'ai traversé l'appartement sur la pointe des pieds un peu après minuit. Les draps étaient bleus.
En fin d'après-midi nous avons accroché des affiches et des banderoles, monté des cartons, pendu nos vestes puis j'ai pris ma place entre deux jeunes femmes, derrière la table aux livres et aux revues. Plus tard nous évoquions la conférence sur les marches, et ses réactions étaient identiques aux miennes. Autour de nous les gens passaient du français à l'espagnol, et finissaient par le préférer. Autour de nous régnaient ces exils, ces passés, ces vies reconstruites, ces partages, ces bonheurs de se retrouver là. Sans savoir qu'elle était la responsable j'ai tutoyée O. quand elle est venue me voir, et le contact passait avec n'importe qui. L'intime est venu se livrer naturellement, et les conversations prouvent la confiance. Rue pavée, sa jupe était plus courte que la mienne, et elle a laissé sa phrase inachevée en descendant du métro.
Jupe d'automne et tee-shirt d'été, je cueille des figues en plein soleil et le chat arrive en miaulant. Les cartons du déménagement et la grange froide à neuf heures du matin, traduire de l'anglais avec mon frère qui prépare la pâte de coings. Il reste encore du temps mais je n'ai pas coché assez de choses dans l'agenda, et je me perds chaque fois que je repense aux accords pour partir en erasmus. Je me perds chaque fois que je pense à ce que je voudrais.
09 octobre 2007
des moments
Rester fascinée par les boucles de Mariana. L'encre bleue. Copies rendues. A la bibliothèque ils n'avaient pas un exemplaire plus récent del Pais que celui du trente septembre. Au matin nous nous croisons par hasard et les récits s'emmêlent dans des étonnements et des exclamations. Soleil du parc dimanche après-midi, salle comble de l'Institut Lumière les deux jours. Le malaise en sortant. Les tartines pour se retrouver. Rire en lisant Clitandre, "elle lui crève un oeil". La machine à café. Le sermon en amphi. Les déceptions, l'énervement. Foulard retrouvé, vêtements de terminale qui me décalent ailleurs. Des prénoms. Mains tremblantes en terminant une lettre qui sans doute ne sera pas postée. Poire au caramel, jus de pamplemousse, chocolat.
Je voudrais plus.
06 octobre 2007
par dessus bord
Le week-end a commencé jeudi soir, et depuis je traverse des lieux sans prendre le temps de m'y arrêter. Les pentes de la Croix-Rousse pour récupérer tracts et programmes, et depuis je pousse des portes pour les laisser en évidence. Rentrer à cause de froid, ouvrir la tablette de chocolat que ma grand mère m'avait donnée fin août. La brume de l'après-midi garde le goût du chocolate a la taza, et des goûters d'hiver de cet été.
Le reste, c'est comme si je ne m'en souvenais plus. Les fous rires en théâtre, oublier que c'est un cours. Le chapeau de M. et les discussions assises par terre. Le trajet fait avec H. deux soirs de suite, juste pour parler. Corneille lu doucement à la cafétéria. Les TDs de quinze et ceux de cinquante personnes. Des cours identiques en espagnol et en lettres. Cl. qui me raconte ce qu'elle écoute avant d'aller en thème. S. toujours croisée dans le tramway. Des dates notées dans l'agenda, conférences, rencontres, concerts. Des soirs à larmes face au vide. Sa voix, minuscule, et mes maladresses. Ma culpabilité. (...).
Hier soir, les rues
désertes pour ta voix dans l'interphone, je t'ai raconté le film en
enlevant ma veste, mon pull puis mes bottes. A minuit je pensais que
non, l'homme dont je suis amoureuse ne cuisine pas seulement des pâtes. Je pensais. A ces changements là.
Il est des murmures qui prennent forme.
01 octobre 2007
le courage des oiseaux
Ce n'est pas moi qui suis allée cueillir les figues, ce week-end, je n'ai pas dépassé le tilleul, pas dépassé la cour. En petit-déjeunant une deuxième fois dimanche je pensais que j'arrivais à travailler, ici, mais je n'ai pas compté le nombre d'heures où j'ai tourné le dos à la petite chambre lumineuse pour me pencher sur le bureau. Il n'empêche que je n'ai pas assez avancé, que des choses restent incomplètes. Dans le tramway ce matin je lui parlais du sujet de disserte, et je le connaissais par coeur.
Des fondants au chocolat, un déjeuner avec ma grand-mère, clafoutis mi-figues mi-raisins, les douceurs n'ont pas eu le goût que j'aurais voulu y trouver. J'ai passé les deux jours à me cogner partout. Quand mon frère est rentré j'ai souri très grand, mais je me suis retrouvée face à son silence.
Volets bleus poussés ce matin, la valise était déjà descendue au salon. Elle a murmuré le nom de l'hôpital. Dans le train je n'arrivais pas à lire. Les années à venir se jouent cette semaine.
