31 décembre 2007
c'est au fond de tes yeux
Parenthèse, je n'ai plus de mots. Des gestes à n'en plus finir, des champs traversés, des retrouvailles avec le mistral, des fiches bristol roses pour la sémantique, vertes pour la syntaxe et bleues pour la versification. Les bruyères à la fenêtre qui s'écaille, les coups frappés à la porte, les livres ouverts sur la tranche, les articles découpés dans le journal. Sous l'orange d'un soleil je pense aux cartes de voeux qui traverseront la frontière, aux mois à venir, à ceux que je voudrais croiser. Pour le moment je voudrais oublier la seconde personne du singulier, les arbres coupés ou morts du jardin d'enfance, le mois de décembre. Il faudrait un peu plus d'équilibre, et garder ce silence même s'il ne me va pas.
27 décembre 2007
les silences froissés
Un plaid dans un carton de thé Mariages, la grisaille de l'autoroute après avoir coupé l'électricité et refermé la porte. En ouvrant les volets les premiers matins j'étais comme une enfant à guetter la neige, à m'attendre à la voir. Ce matin j'ai souri une nouvelle fois en ouvrant le velux, et j'ai descendu les escaliers en colimaçon pour rejoindre les autres. Ma grand-mère disposait les bols en cercle, et cette fois il ne nous pas fallu frapper aux portes pour réveiller les derniers. Je montais dans la petite voiture pour grapiller quelques rythmes et quelques chansons.
Ce qu'il faut retenir, je ne le sais pas vraiment. Nos bêtises à cinq, et puis, les chatouilles, le banc qui servait de table basse, l'eau à faire chauffer, la porte qui ne fermait pas, les nappes en papier à découper, les chocolats, les heures à marcher et à bavarder avec mon cousin, le froid, le corps replié dans les fauteuils, les moments à fermer les yeux, les courses de voitures dans la nuit, les matins sans se battre pour la salle de bain, la salle de cinéma, les échiquiers. La vieillesse plus présente, les mains plus tremblantes, la voix à hausser. Tout ce qui ne se dit pas.
En arrivant j'ai monté les valises, monté les radiateurs, ouvert les volets. Il faut que je sois présente.
19 décembre 2007
l'éternité des instants
Les mains sont froides, les matins sont gelés. La tête s'embrouille des premiers éternuements de l'hiver, et la fatigue augmente.
Alors
que des copies succèdent à d'autres, que les brouillons
se mélangent, nos voix ont permis une parenthèse, quelques instants
d'une épreuve autre, de rôles endossés, d'une cape, d'un chapeau, de
fleurs, de sorties en courant. Certains moments me suprennent.
L'écriture trop penchée, les taches d'encre, les reformulations en
traduction, le héros c*rnélien, etc. Encore deux fois à écrire le nom en
haut de la copie avant vendredi soir.
(et quand il fait trop froid à la bibliothèque je colle mon dos au radiateur bleu nuit)
Je ne bois plus de thé et j'ignore pourquoi. Peut-être que tout est trop dense et que je ne prends pas le temps. Pas assez. Pourtant, je retrouve le plaisir de lire la presse espagnole à voix haute. L'euphorie en entendant ma soeur au téléphone. L'habitude d'écouter France Inter le matin. Je prends ce temps là pour compenser le reste.
Je n'attends pas seulement vendredi, le retour, le rire de ma soeur, le cocon des quelques jours prochains (...). Le campo del Ghetto Nuovo, le campo Zanipolo, et ces lieux qui me retraverseront. Les frissons. J'ai peur de passer un mois à compter les jours.
14 décembre 2007
portées
dès que je peux je croise les bras et je ferme les yeux / longtemps que je n'avais pas pleuré en sortant de chez un médecin / la vaisselle m'échappe des mains et c'est la première fois depuis que j'habite ici / fous rires étouffés en impro / gestes de la main à la bibliothèque / s'abriter du froid le matin avec M / tourner en rond sur la place en téléphonant / 16 en haut de la copie / partiels notés en rouge sur le calendrier / disques rendus avec du retard / grilles baissées à 20h15 à la fac - notre course pour sortir / douceur d'une voix / fiches bristol // angoisse // angoisse
10 décembre 2007
peut-être
A midi j'ai glissé les photocopies dans une enveloppe kraft, ajouté un mot sur le tract d'un théâtre. Enveloppe verte postée au matin, les pages pliées gardent la douceur d'un goûter à l'étage. Les copies qu'on me rend m'étonnent, mais le travail à la maison reste le travail à la maison et toutes n'ont pas vraiment de sens. Bibliographie enfin décortiquée dans le matin pluvieux.
Hier j'ai passé quelques heures sous la couette avec Légendes. D'autres à dormir. A tremper l'oreiller. A me relever dans la nuit pour une aspirine. J'ai trouvé que tout autour confirmait que c'était une mauvaise journée. L'ascenceur, les machines à laver et la lumière de l'étage ne marchaient pas. J'ai coupé mon portable.
Ce serait bien, une berceuse ou une histoire avant de s'endormir. Des nouvelles des absents. Les frissons et les maladresses en moins. Retrouver les objets égarés, n'être plus en retard. Le corps qui tient debout. (...). Les draps sont blancs, le béret accroché à l'étagère, et tout semble sur pause.
Peut-être si la pièce était exposée plein sud tout serait plus joli.
08 décembre 2007
la vie sans toi
La ville traversée, les rendez-vous qui se succèdent. Salle de théâtre éclairée, table ovale pour des explications, ses gestes disaient la passion, la tendresse pour le lieu, les idées, les perspectives. Table carrée, des mots espagnols s'échappaient du français, je reviendrai là-bas pour passer des coups de fil, corriger des articles, m'approcher d'un monde. J'espère.
Ce matin je pensais que les salles d'attente garderont toujours cet air vieillot, ces sièges alignés et ces tables basses et ces plantes qui meurent d'ennui. J'ai souri, demandé s'il restait encore beaucoup de petits flacons à remplir. C'est peut-être parce que je lis Winckler que j'ai trouvé une immense douceur dans les gestes de cet homme.
Sortir dans la fin de soirée, béret prêté pour la pluie, notre sens d'orientation est tel que nous avons éclaté de rire. C'était agréable de trouver hier soir les mimiques d'Olivier Marais, la robe à paillettes et les refrains connus du Cri du Chat - je n'avais pas été à un concert depuis longtemps, et peut-être était-il temps.
Les paroles prenaient des sens que je n'avais jamais soupçonnés, et la découverte garde le goût de l'été.
05 décembre 2007
l'ailleurs
Alors faut-il vraiment ça. "Tu peux monter si tu veux", et ses livres déposés sur son bureau, et, finalement, quelques mots griffonés au crayon. Alors faut-il vraiment ça. Les CRS chaque matin, le coeur qui accélère, les heures à rester dehors. On ne peut pas entrer, on ne peut pas faire cours. Alors faut-il vraiment ça. Les maladresses, les oublis, se tromper d'horaire, trébucher. Alors. Terminer Belle du Seigneur à voix haute, lire La Mère Coupable avant de se coucher. Alors. La voix de Dick Annegarn pour se consoler. L'odeur du thé. Inscription sur les listes électorales. Taxe d'habitation. Internet qui ne marche pas. Un rendz-vous chez le médecin. Le décalage. Le décalage. Je n'ai même pas de larmes, et quand tu me dis que les garçons ne sont pas courageux je me dis que j'en fais collection. Je voudrais ne penser à rien.
01 décembre 2007
givre et brouillard
Les lunettes enlevées au théâtre, taches de couleurs floues et larmes de fatigue - pas d'émotion. Ce matin j'ai dit à bientôt au chat sur le rebord de fenêtre du 22 rue pasteur - s'il habite là je le recroiserai sans doute. Le train, les cookies qui refroidissent, le thé. La honte. Je me déçois, mais tant pis.
