L'attente

- le temps d'une mazurka

28 janvier 2008

l'apaisement

    C'est dans l'agitation du début du carnaval que j'ai quitté Venise. Vendredi soir, c'était intenable, les rues étaient bondées, et je ne reconnaissais plus la ville. L'argentin est rentré au milieu de la nuit, les deux autres lits étaient vides. Le matin, j'ai marché très doucement dans les rues, regardé les hommes boire leurs cafés aux comptoirs des bars, les pains frais dans les vitrines des boulangeries, le marché aux poissons s'installer. J'ai attendu le vaporetto dans le jour qui se levait.

    Vendredi, campo Giovanni E Paolo je sortais de la petite boutique un livre à la main. Le libraire, quand j'ai ouvert la porte, m'a dit à la prochaine. Je lui avais parlé d'un livre, de mes venues, de celle-ci en particulier. Sur la place les enfants jouaient avec des confettis.

    Mercredi midi, assise en plein soleil sur les Zattere, je fermais les yeux. J'ai déjeuné en compagnie d'un homme d'une cinquantaine d'années, face au canal de la Giudecca, et nous parlions espagnol.

    Cette semaine j'ai étrenné mon manteau rouge, vérifié plusieurs fois par jour si le trousseau de clefs se trouvaient toujours dans la poche gauche. J'ai visité une quinzaine d'églises, connues ou inconnus, oubliées, toujours présentes, à découvrir. Je me suis assise dans chacune d'elles, souvent j'y étais seule.

    Que dire ? Comment raconter l'émotion en arrivant de nuit sur le campo du Gheto Novo ? La beauté du théâtre de la Fenice ? La vue depuis le campanile de S. Giorgio Maggiore ? Comment expliquer que je crois avoir percé des secrets ? Que cette fois-ci, puisque ce n'était pas août, j'ai vu les sorties des classes, les malettes pour aller travailler, l'élégance des vénitiens, avec leurs manteaux longs et leurs chapeaux. Comment expliquer cette ville, le calme du Cannaregio, les rues encore empreintes de mes souvenirs, le rouge du campo San Francesco, les bonheurs en découvrant de nouveaux lieux ? Comment le raconter ?

        C'est drôle mais, malgré moi, j'avais peur d'être déçue.

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21 janvier 2008

respirer

    Le manteau rouge, notre après-midi ensemble, ses récits. Cinq assiettes et les souvenirs se diluent.

    Ce soir je descends du vaporetto à Rialto.

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18 janvier 2008

poires belle hélène

    La semaine a connu la même table de bibliothèque, le sursautement lors de la sonnerie avant la fermeture, les heures de concentration, les petits déjeuners à la fac parce qu'il n'y a pas le temps de faire les courses, les six heures de latin dans la journée. Les fous rires à propos d'une histoire de lumières, les mots à trouver pour rassurer, les coups de fil tard le soir, et ce rythme, ce rythme à tenir, et les gestes, et la vie hors du monde.

    Un café partagé et les mots à renouer, comme des fils, des bobines à remettre en route. Ce midi elle prononçait mon nom à l'espagnole et ça faisait des mois. Que ça me manquait. Et puis une histoire de thermos, les cheveux attachés de Mathilde, les mains fines d'Emilie, une copie qui surprend et la nuit au-dessus d'un radiateur. Tout a été irréel, jusqu'aux films enchaînés le week-end dernier, jusqu'aux disques et au son monté pour m'apaiser.

    Alors, je ne sais pas. On verra. (...). Seulement, le corps est un peu à bout, et tout s'emmêle sans prévenir. Ce soir, poires, chocolat, glace et crème fouettée, il s'agit de retrouver les douceurs. Le vague à l'horizon, mais peu importe. Il y aura la douceur.

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11 janvier 2008

des moments de sa vie dans lesquels elle s'attend

   Chaque soir je range les cours et j'empile les pochettes des matières où j'ai eu le partiel. Aujourd'hui les piles s'équilibrent, mais ce sont pourtant les plus insurmontables qu'il reste. Cette semaine, à la fin de certains, l'écriture illisible, les larmes qui montent, la relecture calme. Il y a eu les jambes en tailleur sur le lit, le réveil plus tôt, les tables de la BU toutes occupées, les révisions à deux voix dans une salle vide, le sort jeté à une photocopieuse.

    Les pauses sont en musique, les discussions s'éternisent. Des prénoms restent en tête, des envies grandissent. On s'envole avec le vent. Il faut prendre une respiration assez grande pour sortir de l'eau dans une semaine. Vivement que ça termine.

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06 janvier 2008

de l'autre côté

    Dans la voiture je n'ai pas su retenir mes larmes, je serrais entre mes mains rougies le trousseau de clefs que j'avais oublié dans l'entrée. C'est drôle, je n'avais pas d'égratignure mais cette douleur enfantine collée aux paumes, de celle qui réclame un baiser, un baiser maternel. C'est quand les larmes ne coulaient plus que mon frère m'a posé une question.

    Je n'avais pas pris le train depuis longtemps.

    Le studio est rangé, il ne fait plus quinze degrés, la vaisselle offerte est toujours emballée dans du papier de soie et je n'ai ouvert aucune pochette. Clémentines corses sur la table, j'essaie de retrouver mes marques. Le calendrier est toujours à décembre.

    En sortant du tramway, valise et sac au dos, j'ai attrapé le programme du cinéma d'en face. Plus tard je retraversais la rue et j'en poussais la porte. J'ai trouvé l'apaisement d'un soir dans les sièges dans la salle du fond, et ce soir encore je voudrais juste ne pas penser aux quinze jours qui se profilent, aux révisions qu'il faudra sérieuses, aux copies à rendre. Au semestre qui se joue. (...).

    Fermer les yeux.

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03 janvier 2008

c'est là que devais être

Et si nous ne restions pas à parler dans l'obscurité
et si nous n'entonnions pas "il ne passera jamais"
et si on ne se taquinait pas
et s'il n'y avait pas eu deux naissances en un mois
et si le chat n'avait pas à voter entre totoro et samouraï fiction
et si la nouvelle chambre ne méritait pas un nom
et si l'amaryllis n'avait pas fleuri
et si je ne fermais pas des enveloppes dans la nuit

et s'il n'y avait ni panettone ni saint genix
ni l'odeur du thé blanc
ni d'étoiles suspendues
qu'est-ce qu'il resterait ?

et si les jours étaient plus beaux coupés d'un monde ?

(heureuse année)

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