L'attente

- le temps d'une mazurka

26 février 2008

on s'accroche à un soupir

    A fleur de peau. J'ai quitté le bâtiment de la fac en pleurant, et ce soir les cheveux relevés de Mathilde adoucissaient la voix. Les cours ont repris, je croise des profs de latin devant la machine à café, je ne comprends rien à certains cours et je fatigue déjà. Au guichet du cinéma d'en face on me connait parce que je ne parle pas assez fort et qu'il faut deviner ce que je vais voir.

    Dimanche dans le bus qui nous ramenait à Mâcon le calme s'est fait, étonnant, reposant. Les questions subsistent, et sur un banc ce matin j'évoquais ces deux jours sans en détourner une seule. Dans les couloirs de la fac je n'arrive pas à m'empêcher de fredonner quelques chants de Taizé. Il y aura eu des parties de Time's up, du thé pec citron, des quadros bénis. Des larmes, des bras, et cet infini.

    Les battements du cœur, le manque de sommeil, les mains tremblantes. Dans le découragement j'aimerais plus de justesse. 

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22 février 2008

c'est peut-être le moment de s'enfuir

    Le train était désert, et retrouver Lyon a surtout consisté à retrouver les fauteuils de l'Institut Lumière. En sortant du premier film j'ai été à la fin de la file d'attente pour le suivant. Quand on nous a demandé qui l'avait déjà vu, beaucoup de mains se sont levées. Nuit et Brouillard, c'était la salle d'histoire de troisième, et les souvenirs flous. Plus maintenant.

    J'ai fermé l'enveloppe orange à minuit et demi, mis le réveil trop tôt, ouvert une grammaire, comme si rattraper le temps perdu était possible. Le sac est prêt, et je n'imagine encore rien.

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20 février 2008

melon et caramel blond

    La chambre rouge, les thés assis sur le tapis du salon, les arcades d'Annecy, les crêpes au beurre salé. Deux jours chez ma sœur permettent de découvrir un quotidien, d'apprendre des détails. Nous avons marché longtemps au milieu de la neige, et nos paroles n'avaient plus aucune barrière, ni les murs d'un appartement ni la proximité des passants. Il faudra revenir avec les beaux jours.

   
Les tulipes étaient blanches. A Lyon mon second train avait aussi cinquante minutes de retard, et j'ai froissé le début d'une lettre.

    Les murs sont jaunes ou gris, le papier peint de la cuisine est décollé, et la lumière dans la salle de bain terminée ne ressemble pas à celle de l'hiver. J'aimerais entendre l'intonation d'une voix, achever une lettre cent fois recommencée. Mes mains sont froides, je ne travaille pas assez et je n'embête même pas le chat. Je voudrais autre chose, et j'attends trop. Ça ne change pas.

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14 février 2008

main passée sur la nuque

    Quand j'entrais à la bibliothèque elle se dirigeait vers la sortie alors j'ai fait demi-tour et nous avons bavardé au soleil. Le plus important c'est peut-être ça, ces discussions, un banc vert sur les quais et les mains plaquées sur un radiateur au premier étage. J'aimerais, au-delà de ça, m'assurer que mes choix sont justes. Il a suffit de quelques heures, de paroles et d'un extrait de film pour que je sorte légère dans la nuit.

    Finalement, même si ce n'est pas dans la salle à laquelle je m'attendais, je retrouve plus souvent les sièges de cinéma, et je réserve des places pour des projections à venir. Tout est flou, je jongle entre Musset et Perrault en passant par le réalisme magique, j'oublie d'aller dormir et ce qui m'étonne c'est que je tienne encore debout. Des journées à la fac il ne reste que des contours.

    Demain, j'aimerais arriver avec un bouquet de fleurs.

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10 février 2008

vous avez peut-être déjà entendu des secrets

    Place Ambroise Courtois ce soir, les bouquinistes rangeaient mais ils m'ont dit de prendre mon temps, qu'ils en avaient encore pour une heure. Déjà il y avait eu les stands du salon du livre, les ouvrages dans la main du libraire, mais je n'ai pas su résister. J'achète des livres que je n'aurai pas le temps de lire avant longtemps.

    La semaine me semble déjà loin. Le rythme à reprendre, les tables de la BU. Ce week-end j'ai essayé d'oublier le quotidien, j'ai ouvert grand la fenêtre pour faire respirer la pièce, dormi longtemps après avoir ignoré le réveil. Quitté le théâtre à l'entracte en larmes à cause de la fatigue. Descendu jusqu'à l'opéra avec des musiques et des mimiques dans la tête. Et puis, les thermos de thé, attendre le bus dans la nuit avec des inconnues en riant et se mettre au milieu de la voie parce qu'on n'avait pas trouvé l'arrêt, écrire un article sur une pièce superbe, parler un moment avec Cl. dans le hall et dire bonjour au prof de théâtre, parler sur un banc dans un vendredi après-midi déjà installé.

    Une enveloppe blanche, lire à voix haute une seconde fois et passer trois heures à répondre. Manger chinois, rentrer en voiture, descendre à un feu rouge, dire à bientôt. S'endormir avec La note sensible et n'entendre pas la fin du disque.

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04 février 2008

presque

    Ce matin il a fallu retrouver des gestes et c'est tout un monde qui se referme. Tables d'amphi, accent argentin, certains repères retrouvent leurs places. Elle me disait en riant que j'allais avoir 18 et j'ai eu 17.75. Les résultats d'espagnol rassurent, il manque encore ceux de lettres.

    Les pages blanches et l'encre bleue, longtemps que je n'avais pas vu certains, longtemps que je n'avais pas écrit. Les ateliers permettent de se ressourcer, dans le timbre de la voix d'A., dans le plaisir de retrouver les mots des autres, dans l'attente de découvrir ceux qu'on ne connaissait pas encore. Quand je suis arrivée, l'émotion des paroles, le plaisir des retrouvailles. Des tartines un soir et des mélodies un autre, il restait le goût des carambars.
 
    Tout ferait croire à un cocon, les bols de thé, l'après-midi à lire à la bibliothèque, la couleur de la couette qui me manquait. Mais dans les cheveux coupés de M., l'odeur de la verveine orange et les gens qui manquaient, il se fissure peu à peu.

    Ce n'est pas bien grave cette fois.

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