29 mars 2008
tenir tenir tenir debout et demain
Aujourd'hui il faudrait être installée sur la table de jardin, face à la maison pour ne pas avoir le soleil dans les yeux. Alors comme il n'y a que Lyon j'ai acheté des fleurs.
Hier, parce que la pièce de théâtre terminait tôt, j'ai enfin rattrapé le sommeil en retard. Les nuits de cinq ou six heures depuis une semaine. Les trois réveils successifs. Le corps qui ne porte plus rien. J'ai retrouvé mon habitude de tracer une ligne sous l'intitulé de la matière, et n'ai pas eu le temps de relire toutes les copies. Il en reste encore quelques-unes, et je calcule mes journées en fonction des horaires d'ouverture des bibliothèques.
Dans celle du deuxième arrondissement j'ai récupéré un film et emprunté des livres pour enfant. La couverture de l'un d'eux est une enveloppe longue, et il est écrit "j'attends...".
Des discussions de fille devant les miroirs au fur et à mesure que toutes arrivaient, et plus tard, allongées entre les sièges nous avons étouffé des rires. Pour la deuxième partie de la soirée nous avons rejoint les spectateurs. On m'a dit que j'avais une voix magnifique.
J'attends... et je croise les doigts, comme souvent.
24 mars 2008
je ne vois pas comment.
Garder la parenthèse.
(Tout le monde se sera exclamé - aaah mais voilà la petite sœur - dormir dans la voiture - arriver pour l'heure du thé. Nous aurons eu des regards complices, des anecdotes - nous avons regardé un film que nous connaissions déjà par cœur tous les six - la charlotte aux noix n'était pas terminée quand je suis partie - des tulipes avant la neige - un baiser sur la joue droite - une mission accomplie. Tout a été doux.)
Quand j'ai dit aurevoir au chat je ne savais pas que je ne reviendrai pas pendant un mois. Ici j'ai décroché le calendrier et tourné quelques pages.
Les mains tremblent et les yeux brûlent - demain huit heures - les conversations en voiture - les horaires de train - le sentiment d'avoir neuf ans - d'avoir neuf ans et de retenir les larmes dans le couloir - mais ça ne sert à rien - les yeux brûlent - je ne vois pas comment - je ne vois pas comment je vais - tenir.
21 mars 2008
et jusqu'au dernier des détails ses mots derrière un éventail
Allonger les jours, déborder sur les nuits, passer d'un lieu à l'autre sans tout assimiler. Les cernes se sont creusées, et cette après-midi, Scriabine tout bas et papier journal au fond des chaussures, j'ai dormi un moment pour pouvoir tenir debout.
Certaines voix me manquent, et chaque jour je suis un peu plus déçue en ouvrant la boite aux lettres.
Entre temps, il arrive je dessine sur mes copies tant le cours en long, ou que j'essaie de ne pas trop penser aux attentes blessées, à mes exigences. Il faut renouer avec les fiches bristol - les partiels commencent demain, et tout sera improvisé. Le calendrier est figé à janvier.
Le jeudi, même si j'arrive en retard je m'installe toujours calmement dans la minuscule salle, et je sors le moleskine. Tout à l'heure j'ai lu "14h!" sur l'écran du téléphone et j'ai souri. Je sais ce que sont mes piliers.
16 mars 2008
une histoire comme une autre
L'angoisse sourde m'empêche de respirer et j'ouvre grand les fenêtres comme si ça pouvait changer quelque chose. Sécher les larmes en voiture, et oser enfin dire que j'envisage doucement la demande d'une équivalence. Un poids est soulevé. L'angoisse ne s'est pas affaiblie.
Samedi la salle de cinéma se pliait sous les cris des enfants, les courts métrages étaient d'une douce poésie. Le week-end a été de fondants au chocolat et de siestes partagées avec le chat. Maintenant je ne demande qu'à respirer.
14 mars 2008
si je me fais la malle comme on a fait l'amour sans même une raison
Ce matin j'ai attendu dans le hall de la gare assise en tailleur, et nous avons trouvé un compartiment vide. Je pensais que la boucle serait bouclée, qu'une rencontre dans un train ne peut que bien se terminer lorsqu'on part ensemble dans l'autre sens. Nous avons parlé du silence, évité de trop nous regarder dans les yeux - ça rappellerait. Nous nous reverrons. C'est une certaine histoire qui se termine, une certaine boucle.
J'attends la suite.
Et malgré les dizaines de choses à faire, les lectures en retard, les partiels qui approchent, les doutes, les nuits à cauchemars, les nuits sans sommeil, les retards, les absences de certains, je me sens sereine. Cette après-midi j'ai lu dehors, à la table de jardin, et je guettais les moutons et le poney derrière la clôture. Les portes des maisons étaient ouvertes dans le soleil.
09 mars 2008
les sourcils en V
Un deuxième café pour parler plus longtemps, j'ai travaillé dans une bibliothèque inconnue, et à cinq heures en traversant pour rejoindre le métro j'ai pensé que j'arriverai à temps pour la séance de 17h15. Ce soir j'ai quitté une autre salle en larmes, j'ai rejoins un arrêt de tramway sous la pluie.
Un peu avant vingt heures j'écoute radio nacional española et mon cœur s'accélère. Le Monde, El Pais, Le Progrès, France Inter, TLM. Ce midi le bureau de vote était désert. Je suis le numéro 1000.
Cette semaine les cernes se sont creusées, j'ai attendu l'ouverture de la pharmacie au matin. Tables assemblées, journaux, mise en scène, j'ai attendu la générale dans le flux de paroles des comédiens et des techniciens. Les jours se diluent.
La bibliothèque était vide samedi matin quand il a téléphoné. Instinctivement j'ai noté ce qu'il me disait en haut d'un de mes brouillons, et c'est en raccrochant que j'ai pris conscience des mots.
J'ai hâte.
02 mars 2008
quand les coeurs sont en faïence
Tout s'est précipité mais je porte les regrets d'une question blessante. Je me promets d'adopter le silence, d'éviter la casse. Depuis déjà longtemps les nuits se ressemblent par les cauchemars, mais je n'avais pas encore été jusqu'à faire la sieste pour me reposer.
Les cheveux de Valérie sont très noirs, ceux de Béatrice relevés, et j'espère être à ma place. Le jeudi ne connait comme respiration que le trajet d'un campus à l'autre - j'arrive en retard. Dans une salle aux tables trop étroites deux hommes dialoguent, la complicité est discrète, et parfois je note des phrases touchantes à l'encre bleue. Quand nous sortons dans la nuit je sais que j'ai été là où je devais être, et c'est seulement à ce moment que je respire vraiment. En quelques heures se sont autant d'envies que d'évidences qui naissent.
Sept bises sur le quai ce matin, une brioche à la praline, le parc sous le soleil. J'ai envie de l'été.
