L'attente

- le temps d'une mazurka

27 avril 2008

con toda mirada

    A l'arrêt de bus j'ai regardé  le bout de mes chaussures, pensé à Reverdy. Sans doute restait-il des herbes folles dans les mailles du pull, et les joues avaient rosi d'avoir passé tant de temps au soleil. A l'arrêt de bus, quand il est parti, je me suis assise un peu sonnée. Par la vitre j'ai scruté la nuit tombante.

    Les parcs se succèdent, et je me relève chaque nuit. Les cernes se dessinent mais la monture des lunettes les cache un peu. Pour ne pas corner les pages je déplace des posts-it bleus avant de recopier les extraits. Il y aurait trop de pages cornées. Des coups de fil s'accompagnent de mauvaises nouvelles, et quand j'ai l'impression que ma mère n'a aucune envie de raccrocher mon cœur se serre .

    Alors, pour ces jours de sursis, un cappuccino pour relire quelques cours, des verres de vins blancs à l'étage, notre déjeuner qui s'étire après des crêpes  au beurre salé.
Une place pour ce qui déjà m'ouvre grand les yeux, un été qui s'esquisse. Je n'y croyais plus.

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24 avril 2008

primavera

    "Esta mañana, Telva vió la diferencia entre la primavera y la prima Vera. No tenemos una prima Vera, dijo Nacho." 29 de julio de 2007. Je me souviens combien la petite avait ri de cette découverte. Mes carnets sont posés sur la table. Je traverse Lyon, j'emprunte des films, bouquine au soleil et lorsque je me replonge dans ces notes quotidiennes, je. Si vous saviez comme ça me manque.

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22 avril 2008

zestes d'orange

    Les voitures sont reparties chacune à leur tour, ma mère nous a fait sept bises à chacune. Il y a eu trop de maladresses, trop de paroles de travers. Un brouillon de lettre et des regards complices.

    Je ferme les volets trop tard et le matin je commence toujours à ouvrir celui au-dessus de l'évier, quand déjà la cuisine sent le café. Les plantes occupent la moitié de la table et quand mon frère descend le repas est prêt. On ne baisse pas le son du disque. On a parfumé le riz au lait.

    Les journées sont étranges, je ne travaille pas suffisamment, je regardes des annonces pour des appartements et je n'ose pas passer un coup de fil. De temps en temps je compte des syllabes sur mes mains et je note un alexandrin au hasard des rimes.

    Cette fois je ne sais pas à quoi m'attendre.

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19 avril 2008

bolduc

    Fermer les volets de la cuisine, pousser le verrou, éteindre la lumière. Ce matin je guettais les voitures debout à la fenêtre, et j'ai enfilé mes chaussures quand ma sœur s'est garée. Hier, les caddies rouges, la liste griffonnée, les champs de colza, le dîner raté et le feu de bois. L'angoisse palpable, les hortensias.

    Quand elle a perdu l'équilibre dans le jardin (...). Nous avons été voir tous les arbres et toutes les plantes.

    Avant le train du début d'après-midi, les rayons de la librairie, les cours trop longs, les bêtises à la bibliothèque. Un cours de cinéma assise par terre à cause des sous-titres minuscules, les débats et les questions. Un oral calme, le temps de renouer avec le sujet, d'apprivoiser la parole.

    Avant l'arrivée de la seconde voiture ce matin je ne savais pas à quoi m'attendre. Je suis fatiguée.

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14 avril 2008

les impossibles

    Il aura fallu collectionner les bibliothèques, s'y endormir, se faire discrète dans les rayons d'une librairie où je me suis promis de revenir. Il aura fallu baisser le volet, mettre le casque, enchaîner les films et rester ébahie. Rire des pitreries d'un Belmondo et être fascinée devant la grâce de certaines.

    Après le marché place de la Croix-Rousse nous avons traversé Lyon en bavardant - il y avait la douceur de ce dimanche matin et les manteaux au placard, les récits et les bêtises.

    Hier sur les berges du Rhône j'ai composé le numéro de la chambre d'hôpital et raconté mes jours. Restait encore le goût d'un gâteau au chocolat et d'un thé, et celui des paroles, du temps partagé.

    Mais à trois heures du matin quand je n'arrive pas à dormir j'écoute La Note sensible et je ne m'endors toujours pas.

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11 avril 2008

thé de ceylan

    Quand les nuits rapetissent et s'obscurcissent, quand les cauchemars ne vous quittent plus, fermer les yeux amène le vertige.

    J'ai croisé les doigts longtemps, guetté les coups de fil. Soupiré. Quand ma sœur m'a demandé si elle était fatiguée j'ai parlé de la voix.

    Rendre les dernières copies, terminer un plan au matin après avoir hésité dix fois sur le corpus, passer un moment près des photocopieuses. J'oublie ce que veulent dire les croix sur ma main gauche et je me réveille tôt quand j'ai fait exprès de ne pas mettre de réveil.

    Tout à l'heure j'ai pensé que ça faisait longtemps que je n'avais pas fait de bulle de savon dans un bain.   

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05 avril 2008

cinecittà

    A la gare j'ai attendu au soleil, un peu sonnée sans doute d'être là - les départs improvisés sont délicieux. Les arbres fruitiers et la ligne de fraisiers, le moteur de la tondeuse, les collines. Ce soir en voiture, france musique et l'engourdissement, le goût du thé à la menthe.

    C'est un peu la fin d'un temps, d'une boucle. Quelques jours de sursis. Une chambre jaune et grise contre un lit d'hôpital.

    Il suffit de peu, de décider de film qu'on va voir en arrivant au cinéma, et d'en sortir légère. Il suffit de peu, de trois chocolats frappés, de livres pour enfants. D'une jupe et d'un foulard en lin. De l'encre bleue sur l'enveloppe kraft pour respirer. De voix au téléphone, d'un mot glissé sur un clavier. De ces détails infimes qui prennent le contrepied des heures à travailler, des journées infinies, ds pauses évanouies.

    Tant pis pour le flou, je me contente d'aujourd'hui.

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01 avril 2008

manque-moi manque-moi manque-moi moins s'il te plait

    Du thé noir et des tables de café pour travailler, les journées ne finissent pas de finir. J'ai retrouvé des marques, des lieux, des salles de cinéma. Trouvé un repère possible pour le dimanche après-midi. Sur l'étagère du haut les tulipes sont ouvertes.

    Au téléphone la voix de ma mère brise les instants. A un moment nous sommes toutes les deux devant un planisphère, mais je ne lui dis pas.

    Ce matin, accoudée à la fenêtre, j'hésitais sur le texte, mais j'ai seulement demandé des nouvelles. Manque moi moins s'il te plait.

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