L'attente

- le temps d'une mazurka

31 mai 2008

donner de ses nouvelles

    Nous avons vécu un vendredi anglais entre la pluie, la musique et le lit défait. Nous avons passé un vendredi lointain, et avant de tourner le verrou je lui ai demandé de mettre ses chaussures bleues le soir. Quelques heures plus tard il les portait.

    Tout est décalé, et si je programme quelque chose pour mes journées j'ai compris que ça ne se fera pas, qu'il y aura un imprévu, mais pour le moment ils sont jolis. Ils ressemblent à ce vendredi anglais, à ce bol jaune ligné bleu et à la lumière du salon le matin.

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30 mai 2008

café noir pour ciel gris

    Les dernières copies / les brouillons gris / deux milk-shake en terrasse / un rangement de printemps / A l'abri de rien terminé à 01:22 / la pluie battante / les quais de Saône / les tables rondes / ces lettres qui arrivent / celles qui repartent / bavarder  plusieurs heures / meubles verts et bleus / souvenirs et projets / programmes de cinéma / le grand lit vide / les heures de sommeil / la pince dans les cheveux / l'impression de flotter / le calme

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24 mai 2008

bleu roi bleu nuit bleu secret

       L'an prochain se vivra de l'autre côté du Rhône. Plus que quatre feuilles d'émargement à signer pour que l'année se termine.

    Cette semaine j'ai rendu toutes les copies sans me rendre compte de rien, et si les doutes ou les regrets persistent j'essaie de ne pas y penser. Je n'ai rien saisi à la version classique, et j'ai fini à temps en littérature comparée. Ce matin quand je suis arrivée à la bibliothèque Cl. était déjà là, à la même place qu'hier, et nous avons essayé de comprendre nos cours. Je suis partie à la fermeture.

    Hier j'ai attrapé les programmes de cinémas et j'ai regretté d'avoir déserté les salles depuis si longtemps. Troisième rang dans l'orchestre, de temps en temps j'ouvrais les yeux sur les mains du pianiste. J'ai aimé la légèreté finale de Debussy.

    Quais de Saône dans la nuit, ce matin quand il cherchait un bol il m'a dit le bleu te va bien.

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19 mai 2008

les partenaires de danse

    Pendant la sixième symphonie je n'ai que très peu ouvert les yeux, je serrais mes mains très fort pour me raccrocher à quelque chose et quand il murmurait à mon oreille je revenais au monde. J'ouvrais les yeux et l'orchestre était là, à l'identique - les violoncelles continuaient de danser dans les bras des musiciens. Je fermais les yeux et j'explosais de nouveau.

    J'ai pensé qu'il faudrait aller au concert plus souvent. Plus tard je parlais de tout le temps que je ne m'étais pas accordé cette année.

    Cette après-midi j'ai numéroté les pages de mes copies avant de me lever, et je ne m'attendais pas à autant de découragement, autant de fatigue. J'ai dormi, lu à voix haute pour calmer les sanglots. J'ai pensé que ça faisait longtemps que je n'avais pas pleuré.

    Table en terrasse pour des milk-shake, des carnets et des paroles, on a laissé passer un métro chacune avant de rentrer. A s'étirer comme ils le font les jours me perdent, et quand le dimanche je suis réveillée avant six heures je me mets à travailler. Tout perd sons sens et je n'en peux plus.

    Dans la rue dans la nuit nous avons chuchoté. Un piano et un cœur qui bat fort. La main dans les cheveux. Apprendre la tendresse oubliée.

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17 mai 2008

el tumtum de las arterias de los enamorados de alta mar

     Il reste beaucoup de pages lignées au moleskine, mais en sortant pour la dernière fois du cours je le refermais sur des impressions précieuses. Irina portait une robe grise et des chaussures rouges pour nous parler du cinéma soviétique.

    Les dates reviennent à la mémoire, mais certains souvenirs ont disparu pour laisser la place aux plus intimes. J'ai dormi deux nuits normalement et ça y est, je ne dors plus. Je jongle entre les recueils de Gabriel Garcia M
árquez et, entre autres découvertes, les leitmotive m'illuminent.

    Cinq photos d'identité, la porte de l'auto-école franchie. Des livres en retard à la bibliothèque. Les enveloppes au courrier. L'interligne 1,5, les notes de bas de page et la reliure du dossier enfin terminé. Les fiches de linguistique sont vertes ou bleues, et les montées d'adrénaline compensent tous les moments calmes. Restent douze partiels. Je me perds un peu.

    Je n'ose rien dire. Je reste silencieuse. Mais j'ai remarqué que depuis une semaine je ne me parle plus qu'en espagnol.

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11 mai 2008

la direction de ton baiser

    Vitres ouvertes sur l'autoroute, on a mis du jazz et je n'arrêtais pas de demander quand est-ce qu'on arrivait. Deux jus de litchi, la place traversée sous l'ombre des arbres. Le matin, un thé anglais, le début de la troisième partie, un carnet jaune.

    A minuit tout était doux, je sautillais sur les passages piétons. Nous avons esquissé des pas de danse, ri trop fort, raconté trop de bêtises. A vrai dire nous voulions simplement traverser le Rhône,  pas parcourir la ville d'ouest en est.

    Ce qui était palpable, c'était l'été. Hier, en arrivant ici j'ai été m'allonger dans l'herbe un long moment. Le décompte a commencé. Il faut croire à l'été qui approche.

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09 mai 2008

des yeux gris Velásquez

    Depuis une semaine j'essaie de me projeter ailleurs, rez-de-chaussée sur cour, troisième sans ascenseur, deuxième avec d'immenses fenêtres. Je note des adresses, consulte des plans, découvre des quartiers. Je croise les doigts en attendant qu'un locataire me rappelle. Je crois que j'ai décidé.

    Au soleil j'ai enlevé les ballerines, le temps est aux jupes et à la peau bouillante la nuit.

    Parfois je ne tiens plus debout tant j'ai peu dormi.

    Un chocolat frappé pour terminer la deuxième partie, j'avance à tâtons mais j'avance. Fiches bristol, cours désordonnés à reprendre, hier je lui disais que je ne pouvais pas ficher un cours avec lequel je n'étais pas d'accord. J'ai noté les dates des partiels en rouge sur le calendrier. Je ne compte pas encore les jours, mais presque.

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03 mai 2008

puisque la vie n'est pas étanche

    Quand j'ai terminé Les déferlantes la lumière était rasante et je me suis sentie très calme. A la gare il faisait encore beau. Je m'échappe, et dans mon lit d'enfant les nuits me reviennent entières. J'essaie d'être présente, d'être au plus près, au mieux. Je ne crois pas me tromper.

    Les pneus des vélos regonflés, le soleil qui tape, j'ai eu envie de dire bonjour aux lilas sur les chemins. Pour prendre le café nous avons déplacé la table à l'ombre du tilleul, sur le puits, et j'y ai travaillé quelques heures dans l'après-midi. Je m'échappe, j'ouvre les fenêtres, j'oublie les jours de cette rentrée qui crève le cœur. Je ferme les yeux sur des discussions trop graves.

    Ce matin les cheveux sont lâchés dans la nuque, la maison est vivante, vivante, vivante. C'est tout.

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