19 mai 2008
les partenaires de danse
Pendant la sixième symphonie je n'ai que très peu ouvert les yeux, je serrais mes mains très fort pour me raccrocher à quelque chose et quand il murmurait à mon oreille je revenais au monde. J'ouvrais les yeux et l'orchestre était là, à l'identique - les violoncelles continuaient de danser dans les bras des musiciens. Je fermais les yeux et j'explosais de nouveau.
J'ai pensé qu'il faudrait aller au concert plus souvent. Plus tard je parlais de tout le temps que je ne m'étais pas accordé cette année.
Cette après-midi j'ai numéroté les pages de mes copies avant de me lever, et je ne m'attendais pas à autant de découragement, autant de fatigue. J'ai dormi, lu à voix haute pour calmer les sanglots. J'ai pensé que ça faisait longtemps que je n'avais pas pleuré.
Table en terrasse pour des milk-shake, des carnets et des paroles, on a laissé passer un métro chacune avant de rentrer. A s'étirer comme ils le font les jours me perdent, et quand le dimanche je suis réveillée avant six heures je me mets à travailler. Tout perd sons sens et je n'en peux plus.
Dans la rue dans la nuit nous avons chuchoté. Un piano et un cœur qui bat fort. La main dans les cheveux. Apprendre la tendresse oubliée.
17 mai 2008
el tumtum de las arterias de los enamorados de alta mar
Il reste beaucoup de pages lignées au moleskine, mais en sortant pour la dernière fois du cours je le refermais sur des impressions précieuses. Irina portait une robe grise et des chaussures rouges pour nous parler du cinéma soviétique.
Les dates reviennent à la mémoire, mais certains souvenirs ont disparu pour laisser la place aux plus intimes. J'ai dormi deux nuits normalement et ça y est, je ne dors plus. Je jongle entre les recueils de Gabriel Garcia Márquez et, entre autres découvertes, les leitmotive m'illuminent.
Cinq photos d'identité, la porte de l'auto-école franchie. Des livres en retard à la bibliothèque. Les enveloppes au courrier. L'interligne 1,5, les notes de bas de page et la reliure du dossier enfin terminé. Les fiches de linguistique sont vertes ou bleues, et les montées d'adrénaline compensent tous les moments calmes. Restent douze partiels. Je me perds un peu.
Je n'ose rien dire. Je reste silencieuse. Mais j'ai remarqué que depuis une semaine je ne me parle plus qu'en espagnol.
11 mai 2008
la direction de ton baiser
Vitres ouvertes sur l'autoroute, on a mis du jazz et je n'arrêtais pas de demander quand est-ce qu'on arrivait. Deux jus de litchi, la place traversée sous l'ombre des arbres. Le matin, un thé anglais, le début de la troisième partie, un carnet jaune.
A minuit tout était doux, je sautillais sur les passages piétons. Nous avons esquissé des pas de danse, ri trop fort, raconté trop de bêtises. A vrai dire nous voulions simplement traverser le Rhône, pas parcourir la ville d'ouest en est.
Ce qui était palpable, c'était l'été. Hier, en arrivant ici j'ai été m'allonger dans l'herbe un long moment. Le décompte a commencé. Il faut croire à l'été qui approche.
09 mai 2008
des yeux gris Velásquez
Depuis une semaine j'essaie de me projeter ailleurs, rez-de-chaussée sur cour, troisième sans ascenseur, deuxième avec d'immenses fenêtres. Je note des adresses, consulte des plans, découvre des quartiers. Je croise les doigts en attendant qu'un locataire me rappelle. Je crois que j'ai décidé.
Au soleil j'ai enlevé les ballerines, le temps est aux jupes et à la peau bouillante la nuit.
Parfois je ne tiens plus debout tant j'ai peu dormi.
Un chocolat frappé pour terminer la deuxième partie, j'avance à tâtons mais j'avance. Fiches bristol, cours désordonnés à reprendre, hier je lui disais que je ne pouvais pas ficher un cours avec lequel je n'étais pas d'accord. J'ai noté les dates des partiels en rouge sur le calendrier. Je ne compte pas encore les jours, mais presque.
03 mai 2008
puisque la vie n'est pas étanche
Quand j'ai terminé Les déferlantes la lumière était rasante et
je me suis sentie très calme. A la gare il faisait encore beau.
Je m'échappe, et dans mon lit d'enfant les nuits me reviennent
entières. J'essaie d'être présente, d'être au plus près, au mieux. Je
ne crois pas me tromper.
Les pneus des vélos regonflés, le soleil qui tape, j'ai eu envie de
dire bonjour aux lilas sur les chemins. Pour prendre le café nous avons
déplacé la table à l'ombre du tilleul, sur le puits, et j'y ai
travaillé quelques heures dans l'après-midi. Je m'échappe, j'ouvre les
fenêtres, j'oublie les jours de cette rentrée qui crève le cœur. Je ferme les yeux sur des discussions trop graves.
Ce matin les cheveux sont lâchés dans la nuque, la maison est vivante, vivante, vivante. C'est tout.
27 avril 2008
con toda mirada
A l'arrêt de bus j'ai regardé le bout de mes chaussures, pensé à Reverdy. Sans doute restait-il des herbes folles dans les mailles du pull, et les joues avaient rosi d'avoir passé tant de temps au soleil. A l'arrêt de bus, quand il est parti, je me suis assise un peu sonnée. Par la vitre j'ai scruté la nuit tombante.
Les parcs se succèdent, et je me relève chaque nuit. Les cernes se dessinent mais la monture des lunettes les cache un peu. Pour ne pas corner les pages je déplace des posts-it bleus avant de recopier les extraits. Il y aurait trop de pages cornées. Des coups de fil s'accompagnent de mauvaises nouvelles, et quand j'ai l'impression que ma mère n'a aucune envie de raccrocher mon cœur se serre .
Alors, pour ces jours de sursis, un cappuccino pour relire quelques cours, des verres de vins blancs à
l'étage, notre déjeuner qui s'étire après des crêpes au beurre salé. Une place pour ce qui déjà m'ouvre grand les yeux, un été qui s'esquisse. Je n'y croyais plus.
24 avril 2008
primavera
"Esta mañana, Telva vió la diferencia entre la primavera y la prima Vera. No tenemos una prima Vera, dijo Nacho." 29 de julio de 2007. Je me souviens combien la petite avait ri de cette découverte. Mes carnets sont posés sur la table. Je traverse Lyon, j'emprunte des films, bouquine au soleil et lorsque je me replonge dans ces notes quotidiennes, je. Si vous saviez comme ça me manque.
22 avril 2008
zestes d'orange
Les voitures sont reparties chacune à leur tour, ma mère nous a fait sept bises à chacune. Il y a eu trop de maladresses, trop de paroles de travers. Un brouillon de lettre et des regards complices.
Je ferme les volets trop tard et le matin je commence toujours à ouvrir celui au-dessus de l'évier, quand déjà la cuisine sent le café. Les plantes occupent la moitié de la table et quand mon frère descend le repas est prêt. On ne baisse pas le son du disque. On a parfumé le riz au lait.
Les journées sont étranges, je ne travaille pas suffisamment, je regardes des annonces pour des appartements et je n'ose pas passer un coup de fil. De temps en temps je compte des syllabes sur mes mains et je note un alexandrin au hasard des rimes.
Cette fois je ne sais pas à quoi m'attendre.
19 avril 2008
bolduc
Fermer les volets de la cuisine, pousser le verrou, éteindre la lumière. Ce matin je guettais les voitures debout à la fenêtre, et j'ai enfilé mes chaussures quand ma sœur s'est garée. Hier, les caddies rouges, la liste griffonnée, les champs de colza, le dîner raté et le feu de bois. L'angoisse palpable, les hortensias.
Quand elle a perdu l'équilibre dans le jardin (...). Nous avons été voir tous les arbres et toutes les plantes.
Avant le train du début d'après-midi, les rayons de la librairie, les cours trop longs, les bêtises à la bibliothèque. Un cours de cinéma assise par terre à cause des sous-titres minuscules, les débats et les questions. Un oral calme, le temps de renouer avec le sujet, d'apprivoiser la parole.
Avant l'arrivée de la seconde voiture ce matin je ne savais pas à quoi m'attendre. Je suis fatiguée.
14 avril 2008
les impossibles
Il aura fallu collectionner les bibliothèques, s'y endormir, se faire discrète dans les rayons d'une librairie où je me suis promis de revenir. Il aura fallu baisser le volet, mettre le casque, enchaîner les films et rester ébahie. Rire des pitreries d'un Belmondo et être fascinée devant la grâce de certaines.
Après
le marché place de la Croix-Rousse nous avons traversé Lyon en
bavardant - il y avait la douceur de
ce dimanche matin et les manteaux au placard, les récits et les bêtises.
Hier sur les berges du Rhône j'ai composé le numéro de la chambre d'hôpital et raconté mes jours. Restait encore le goût d'un gâteau au chocolat et d'un thé, et celui des paroles, du temps partagé.
Mais à trois heures du matin quand je n'arrive pas à dormir j'écoute La Note sensible et je ne m'endors toujours pas.
